Si jeune et déjà trop vieux pour jouer !

Le jeu, c’est bien. Quoique ? Jouer est-il accepté de la même manière dans toutes les étapes de la vie ? Quel regard porte notre société sur le rapport entre le jeu et l’âge du joueur ? Maxime, expert jeux, tente de répondre à ces questions.

 

On entend souvent que « le jeu est un moteur social très fort », « qu’il fédère », « qu’il réunit », « qu’il se partage ». On complimente l’acte de jouer. Alors pourquoi jouer peut donner l’impression d’être perçu comme aussi ringard qu’un Monopoly ou aussi geek qu’un tournoi de Magic ? Les réponses sont nombreuses, et l’une d’entre elle se situe dans le regard que nous portons inconsciemment sur l’improductivité de jouer.

 

Naissance.

A la naissance, nous sommes presque parfaits mais très incomplets. Il nous faut tout apprendre du monde qui nous entoure et pour cela, nous devons tester, imiter, c’est-à-dire jouer. Il n’est pas anodin de voir dans de nombreuses civilisations, les enfants jouer au papa et à la maman, à la guerre, ou à la marchande.

Tout petit nous devons jouer pour comprendre le monde et notre place dans celui-ci.

Premières années.

Dans les premières années de nos vies, nous sommes tout à fait autorisés à jouer. C’est même obligatoire à la crèche, à l’école… Notre monde est alors entouré de jeux, de jouets. C’est notre quotidien, notre meilleur moyen d’apprendre.  Parce que les bienfaits du jeu pour l’enfant ne sont plus à démontrer, les sociétés l’autorise, le valorise. Pourtant, ce mode d’apprentissage va rapidement faire place à un soucis constant de productivité. Si à la maternelle, la quasi-totalité de l’apprentissage se fait sous forme de jeux, à l’école primaire (donc à l’âge minuscule de 6 ans), la tragédie commence : nous ne pouvons plus jouer autant qu’avant, il nous faut apprendre !

L’école.

Alors que nos connexions cognitives nous permettent tout juste d’accéder au meilleur du jeu (c’est à dire apprendre sur soi et sur ceux qui nous entourent), on nous retire du temps de jeu considérable. Et pourquoi ? Parce que ça ne fait pas sérieux voyons ! Le fond du problème est là : le jeu, c’est virtuel, c’est imaginaire, ça n’existe pas. Et ça n’est pas très raisonnable de faire semblant. Dommage, nous aurions pu associer sa virtualité au fait de s’exercer, de s’entraîner, de tester. Mais non, nous lui avons donné l’image d’un acte frivole, irréaliste, voir même déviant.

Malgré tout, à l’école nous jouons encore, mais cela est déjà considéré comme de la détente. Nous jouons durant la récréation ou lors de rares temps dédiés et encadrés. A cet âge, on intègre la différence entre jouer et travailler. A partir de ce moment, tout portera à penser que ces deux actions sont contradictoires, opposées.

« Je n’ai pas envie que mes gamins jouent comme des imbéciles toute la journée ? », « C’est pas ça qui va leur apprendre à compter et à lire ? »

L’adolescence.

Et la situation s’aggrave encore un peu plus à l’entrée au collège. Et là, on ne rigole plus du tout. L’adolescent joue les adultes. C’est ce qui le définit. Il se teste, il imite, il essaye de comprendre sa place par rapport aux autres. Le regard porté sur le jeu devient différent. L’adolescent cherche à être adulte, et par conséquent il délaisse les jeux d’enfant. Il devient ridicule de jouer, que ce soit aux yeux de ses camarades ou des institutions.

Le jeu vidéo nuance le propos. Rendu accessible à tous, en tous lieux et en tout temps, par les écrans qui nous suivent partout, il s’est démocratisé peu à peu.

Mais, ne nous voilons pas la face : « Lorsque je joue je suis improductif à la société, et elle ne peut tout de même pas tolérer ça ».

Imaginez un professeur de 4ème faire jouer ses élèves pour leur apprendre. Imaginez maintenant les parents d’élèves, oui, imaginez, continuez… vous êtes actuellement en train de jouer !

« Avec 40 heures par semaine, sans compter les devoirs, un sac de 15 kilos et toute la dramaturgie des relations sociales, pourquoi faudrait-il qu’ils jouent ? Ils n’ont pas le temps ». Et ça va durer comme ça jusqu’au lycée. Ne parlons pas des études supérieures dont certaines ressemblent à des camps de travail forcé avec un supplément d’humiliation psychologique.

En jouant on comprend par soi-même, en étudiant quelqu’un d’autre nous apprend ce qu’on ne comprendra certainement jamais.

Adulte.

A l’âge adulte, ceux qui jouent sont souvent considérés comme de grands enfants attardés. Peut-être n’avons-nous plus rien à apprendre ? Un adulte qui joue, ne produit rien. Il ne travaille pas, il est considéré comme inactif, voir inutile. Et si on pensait qu’un adulte qui joue c’est quelqu’un qui continue de comprendre et donc d’apprendre ? Mon métier c’est de jouer et de faire jouer, et c’est encore très loin d’être considéré comme un métier.

En résumé, de 0 à 5 ans, on te considère intelligent si tu joues.

De 6 à 11 ans, si tu joues trop tu n’apprendras rien.

De 12 à 20 ans, si tu joues, c’est pour te détendre mais de toute façon tu n’as pas le temps.

De 20 ans jusqu’à ta mort, si tu joues, tu es attardé.

Merci Maxime pour ce constat. C’est pas gai mais c’est vrai ! 

 

Crédits photo : My Contact

Maxime
À propos de l'auteur

Dit l'infiltré de BEJOUE. Il aime faire jouer les gens, les tables avec des chaises, les jeux de mains, les jeux de malins, les génies du mal et les baballes.

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