Jeu vidéo : « l’humain avant tout »

JEU VIDÉO.  « Activité individuelle », « génératrice d’introspection », « absence d’ouverture vers son prochain » : ce sont les qualificatifs que l’on entend souvent sur le jeu vidéo. Et on ne va pas se mentir, c’est parfois le cas. Pourtant, certains développeurs travaillent d’arrache-pied pour faire de ce support pas comme les autres, un moyen de partager de chouettes moments de proximité. Entretien avec François Hosy, créateur de l’ombre, passionné du fun collectif.

Loin du diktat des jeux à gros budgets, il existe une jeune communauté de créateurs qui souhaite offrir une nouvelle vision du jeu de société 2.0. François Hosy, graphiste chez Hibernum et également concepteur de jeux vidéos à Montréal à son compte via Sparklingvinegar , est l’un des leurs. Ses projets vidéoludiques témoignent d’un véritable amour pour le contact social, où l’interaction humaine est directe et non pas altérée par la distance physique. Le support de ses jeux, généralement une tablette ou un smartphone, doit souvent être partagé par les différents joueurs.

ENFANCE ET CONSOLES. Es-tu nostalgique de l’époque des salles d’arcade, où le jeu vidéo se partageait entre potes sur des parties courtes au fun immédiat, dans des lieux dédiés et sans l’intermédiaire d’écrans et de casques audio ?

« Étant un enfant des années 90 dans une région avec un climat pas terrible, j’ai passé une bonne partie de mon temps libre à tapoter du pad. Du Gameboy à la Playstation en passant par l’ordinateur. Entre potes, on allait tout le temps jouer chez l’un ou l’autre en fonction du rythme de sortie des jeux. Même dans les jeux « one player », c’était quasiment inimaginable d’avancer sans le pote avec lequel on avait commencé. Du coup dans un sens j’ai toujours plus ou moins joué avec ou contre quelqu’un. Les salles d’arcade, que je n’ai pas vraiment connu, étaient nos chambres. Mais oui j’ai grandi avec le « couch gaming« , le jeu à plusieurs devant un même écran.

Même dans les jeux « one player », c’était quasiment inimaginable d’avancer sans le pote avec lequel on avait commencé.

L’air du PC et de l’internet qui, bien qu’étant un moyen de communication énorme, nous a séparé du canapé pour nous enfermer dans nos chambres d’étudiant respectives. J’ai raccroché la manette durant cette période. C’est grâce a la scène « indie » émergente que j’ai replongé, assez récemment en fait. Lorsque tu découvres des jeux comme Bounden (jeu de danse en couple), Mucho Party (Mario party-like) ou Space Team (jeu en coopération dans un cockpit) qui sont tous des jeux mobiles multijoueurs IRL [In Real Life, ndlr], tu sens qu’il se passe un truc.

Les Game Jams, sortes d’ateliers de création de jeux en un temps restreint, ont permis à de jeunes créateurs d’explorer dans ce domaine. C’est d’ailleurs grâce aux Game Jams que je suis venu à la création de jeux et depuis, chaque année ou presque, j’essaie de participer à l’une d’entre elles.

J’essaie toujours d’intégrer une donnée sociale à mes jeux.

A la Game Global Jam de 2014 par exemple, on a créé un jeu type « Simon says » (Jacques à dit en France) massivement multijoueurs. Imagine toi 80 personnes dans une salle, toutes connectées au jeu, qui se mettent en même temps à secouer frénétiquement leur téléphone, à crier dedans ou à ne plus bouger, ça donne des situations assez amusantes, et même intéressantes.

Présentation du jeu Jack Says

Autre exemple, notre dernier jeu en date sorti m’est venu en regardant les gens dans le métro. Tout le monde regardait son téléphone, personne ne se parlait ou même ne se regardait, alors que le métro était rempli. Du coup je me suis dit : pourquoi ne pas faire un jeu dans lequel on peut être deux à jouer en même temps et sur le même téléphone ? Ça serait tellement plus drôle que de s’enfermer dans sa bulle. C’est comme ça que « Super Cricket Fighter Turbo » est né, un jeu inspiré de Pong que tout le monde ou presque connaît. Des contrôles intuitifs et du fun immédiat. Nos amis respectifs étaient les meilleurs testeurs qui soient car pas du tout dans le monde du jeu, et on les a vu se challenger plus d’une fois. Pari réussi donc, le jeu a même été salué par la presse spécialisée ! » […]

DÉMOCRATISATION. Ces dernières années ont vu émerger un nouveau public pour le jeu vidéo, nettement plus « casual ». Certains jeux de la même veine sortis juste après sur smartphones et tablettes sont devenus d’immenses succès, bouleversant l’économie du jeu vidéo. T’inscris-tu selon toi dans cette démarche de démocratisation du jeu vidéo ?

« Je pense que c’est une bonne chose que le jeu se démocratise, se rende plus accessible, on va peut-être enfin pouvoir arrêter de le diaboliser. Le jeux vidéo pourrait être notre 10ème art, en fait. En ce qui me concerne, ma façon de jouer a évolué avec le temps et les années. J’ai moins le temps et je joue principalement sur mobile (même si des fois je peux me faire une grosse session sur PC). Lors de la production de nos jeux, je les fais tester à tout type de public, je veux qu’ils soient accessibles et fun pour le plus de monde possible. Après je préfère l’idée du « easy to play hard to master », mais je pense que ça vient justement de mon passé très arcade.

RÉALITÉ VIRTUELLE. D’énormes avancées technologiques sont en train de redéfinir les limites de l’immersion pour le joueur. La réalité virtuelle évidemment avec la sortie très prochaine de tout un panel de casques à destination du grand public, mais également la réalité augmentée qui a déjà prouvé qu’elle avait un potentiel certain. Les contrôles traditionnels à la manette sont également régulièrement remis en cause depuis la sortie de la Wii de Nintendo et du Kinect de Microsoft, avec plus ou moins de succès. Ces avancées t’inspirent-elles pour la création de futurs jeux destinés à rapprocher les joueurs, ou penses-tu au contraire qu’elles risquent de les isoler un peu plus?

Je t’avoue que je suis plutôt en mode « wait and see » sur ce sujet. J’ai un peu peur que le résultat soit similaire à la « 3D relief » au cinéma. Si tu te souviens bien, c’était la grande mode il y a quelques années, on entendait partout que c’était la révolution et que les TV 3D seraient le prochain gros truc. Puis au final, ça a fait un flop. Je ne te parle même pas du Kinect que Microsoft essaie de faire oublier. Pour l’instant, le « simple » casque VR [casque de réalité virtuelle, ndlr], je n’y crois pas trop, en tout cas dans le medium du jeux vidéo, car on redevient spectateur et non acteur, ou alors on ressortira tous les jeux a la Myst et autre ! […] Ce n’est pas demain la veille que la VR envahira nos salons. On n’est pas encore arrivé au devices [dispositifs, ndlr] d’Existenz ou de Matrix ! […] Mais bon nous ne sommes qu’aux balbutiements de la technologie, donc on verra bien ce que l’avenir nous réserve.

Testez le Super Cricket Fighter Turbo !

 

Pierre
À propos de l'auteur

Pierre est un jeune garçon de 30 ans. Ce qu'il aime le plus ? Dessiner des tortues ninja, jouer sur de vieilles machines japonaises et manger des sandwichs.

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