Lego, l’instrument à 100 briques

Le designer Esteban Cardona a créé de toutes pièces (de Lego en l’occurrence) un instrument de musique. Du jeu et de la musique, il ne m’en fallait pas plus pour analyser avec une rigueur toute scientifique cette démarche rafraîchissante.

 

Do (ré mi) it yourself

Il est clair que la création d’instruments de musique a toujours existé, mais elle a aussi longtemps été limitée par des contraintes purement matérielles. En faisant plein de trous dans des bouts de bois, on a inventé la flûte, c’était cool. En tendant des peaux de bêtes sur des tonneaux et en tapant dessus, on a inventé la percussion et c’était encore plus cool. Mais après avoir posé les bases des instruments à vent, des instruments à cordes et des percussions, toutes les nouveautés n’ont finalement été que des optimisations d’instruments déjà existants, et ce pendant une belle poignée de siècles.

L’électronique a bousculé tout ça en ouvrant la porte aux sons de synthèse, motivant toute une pelleté d’explorateurs à écrire les premières lignes d’un nouveau chapitre de l’histoire de la musique, armés de leurs synthétiseurs rutilants. Retenons notamment Kraftwerk, des mecs en collants, capables d’écrire tout un album sur le thème du Tour de France. Des génies donc.

 

Solo de saucisses

C’est avec l’arrivée des ordinateurs dans les foyers et sur scène que tout est enfin devenu possible en termes d’outils de création musicale. Ce ne sont pas tellement les sonorités qui ont évoluées, mais plutôt la façon de les générer et de les manipuler.
C’est simple, aujourd’hui n’importe quel objet envoyant un signal peut devenir un instrument de musique couplé à un ordinateur ou une tablette. Un clavier d’ordinateur ou un trackpad évidemment, mais aussi une Gameboy ou même ses propres muscles si l’on en croit cette performance complètement tarée de Terry Crews !

J’ai d’ailleurs vu les allemands de The Notwist jouer live avec des wiimotes, ces manettes à détection de mouvement inventées par Nintendo. Quant au brillant réalisateur Julien Patry, il s’est approprié le sujet en réalisant PRKTRNIC, hilarant court-métrage expliquant comment jouer de la musique électronique en tripotant des saucisses.

http://dai.ly/x114ftt

Alors pourquoi vouloir jouer avec de la charcuterie, des briques en plastique ou de vieilles consoles de jeu vidéo ?

 

Se jouer de la contrainte

Mes quelques expériences musicales m’ont amené à penser qu‘il y a deux façons complémentaires d’appréhender la composition : on peut se focaliser sur l’écriture en utilisant le riche panel de sonorités existantes, dans la plus pure tradition de quelques millénaires de composition musicale, mais il est également possible et tentant d’expérimenter en triturant tous les potards et autres saucisses à disposition dans l’espoir d’accéder à un nouveau paysage sonore immaculé. Il y a fort à parier qu’Esteban Cardona soit plus que friand de cette deuxième méthode.

Ce qui est intéressant avec les saucisses et les Lego, c’est qu’en se limitant à ces outils on se fixe d’emblée des règles. Et les règles, c’est un peu ce qui définit le jeu. D’ailleurs ne dit-on pas qu’on joue de la musique et d’un instrument ?

Aussi paradoxal que ça puisse paraître, les projets musicaux les plus riches, les plus cohérents et les plus intenses sont souvent ceux qui ont commencé avec les contraintes les plus fortes. Un nombre d’instruments et d’effets réduits au strict minimum, ou un temps d’enregistrement en studio très court. Car ce sont ces contraintes (et donc ces règles du jeu) qui évitent de s’éparpiller, et qui permettent de se concentrer sur ce qui compte vraiment quand on joue : les émotions. Il existe aujourd’hui une infinité d’outils créatifs, que l’on parle d’effets, de logiciels ou encore de contrôleurs, mais il est facile de se noyer dans cette nouvelle débauche de possibilités. Et finalement d’oublier de jouer.

Voilà pourquoi je pense qu’en plus d’être un instrument particulièrement séduisant d’un point de vue visuel, la création d’Esteban Cardona est aussi un potentiel outil de création musical formidable.

Et pourtant j’ai toujours préféré les Playmobils !

Découvrir le travail d’Esteban Cardona

 

 

Pierre
À propos de l'auteur

Pierre est un jeune garçon de 30 ans. Ce qu'il aime le plus ? Dessiner des tortues ninja, jouer sur de vieilles machines japonaises et manger des sandwichs.