Du punk, des féministes et des pistolets à confettis


Isa
par

Confettis + punk = stop au harcèlement. On vous explique que cette formule mathématique mexicaine fonctionne. Quand Las Hijas de Violencia renouvelle les armes du combat féministe, ça donne un certain art de rue.

Le jour de mes 29 ans, on m'a offert un pistolet à confettis. Ça peut paraître banal, et pourtant j'avais l'impression d'être la reine du monde. Peut-être que les shooters d'alcool de patates ont contribué à cette sensation ? C'est comme si j'avais dans les mains, un moyen, non pas de faire la fête, mais de la créer. C'est comme si vous conteniez dans ce barillet à confettis, les 17 saisons du "Plus Grand Cabaret du Monde", les 440 000 ventes de "Bo le lavabo", tous les petits papiers de Régine, et les plus belles chemises à paillettes de Kool and the Gang.

À 9 067 kilomètres de Paris, à Mexico, ce petit jouet n'est pas un symbole de fête, mais plutôt de lutte. Le pistolet à confettis est devenu l'arme des "Hijas de Violencia", ces filles de la violence qui font la guerre au harcèlement de rue et qui dégainent des bouts de papier de toutes les couleurs sur les hommes qui usent et abusent du regard insistant, de l'insulte sexiste, du geste déplacé ou encore du "chiflido". Vous savez ce petit sifflement que Sophie de Menthon trouve "sympa".

Dans les rues de Mexico, les trois militantes, Ana Karen, Ana Beatriz et Betzabeth Estefanía, ont la gâchette facile. Leur but est de répondre au harcèlement en déstabilisant, en pointant le confetti sur un acte considéré aujourd'hui comme banal. Après la surprise, elles poussent la chansonnette version punk rock en regardant droit dans les yeux leur adversaire : "Eso que tu hiciste hacia a mí se llama acoso. Si tú me haces eso de esta forma yo respondo. No tienes derecho y lo que haces es de un cerdo (…) Sexista, machista"

Ce que tu m’as fait s’appelle du harcèlement. Si tu me fais ça sous cette forme, je réponds. Tu n’as pas le droit et ce que tu fais relève des agissements d’un porc sexiste et macho.

Même si cette pratique n'a rien d'effrayant, elle est pourtant efficace. Sur le terrain, les hommes nient leur geste et tentent de fuir avant d’être ridiculisés.

Si le gouvernement mexicain d'Enrique Peña Nieto essaie, depuis 2012, de désarmer les milices citoyennes d’autodéfense qui ont pris l’initiative d’assurer la sécurité du territoire et de leurs familles, on espère qu'il laissera leurs petites armes aux Hijas de Violencia.

Suivre le combat de Las Hijas de Violencia 

Crédit photo : Las Hijas de Violencia


Isa

Dite le petit futé de BEJOUE, elle aime les histoires de jeux et de gens, les enquêtes de terrain au pied de son immeuble, et la moquette dans les pubs.