Médiapart, jeux vidéo et politique

Du 7 au 9 octobre 2016, Médiapart a organisé une « game jam » de 48h pour permettre à des journalistes et des développeurs de créer des jeux vidéo liés aux enjeux nationaux et internationaux d’une campagne présidentielle. L’utilisation du jeu vidéo comme outil d’information fait débat au sein des abonnés de Médiapart. « Affligeant », « substituts au monde réél », la Mediajam et ces jeux révèlent une certaine haine du virtuel.

 

8 jeux vidéo engagés et citoyens en 48h

Une « game jam » est un événement fédérateur de création de jeux autour d’une thématique initiale. Pour cette Mediajam, ce sont 44 journalistes, développeurs et graphistes, réunis en 8 équipes qui ont planché sur des thématiques comme  l’argent de la campagne, le temps de parole, les médias, le monde du travail de demain, le tirage au sort dans une élection, comment un journal peut faire disparaître la présidentielle, jeux d’influence, ou encore crises internationales. Ce vaste programme a abouti à la création de 8 jeux vidéo, en accès libre et téléchargeables jusqu’au 6 novembre.

Au final, on peut jouer à Politic, pour plonger dans les coulisses de la présidentielle et gérer ses comptes de campagne, à Canards Actuels sur le traitement de l’actualité dans les médias et leur impact sur les votes,  à Lundi soir et sa vision du monde du travail, à Pourparlers où les actions individuelles nécessaires à la survie comme manger et dormir sont soumises à une prise de décision collective, à Murmurations sur certaines de nos convictions abandonnées au moment du vote d’un candidat, à 2007 n’aura pas lieu sur le travail de preuves, de révélations pour faire tomber un candidat, au Fil rouge sur une enquête lors d’un dîner politique russe,  ou encore à Quartet en crise, un jeu sur la gestion de crise d’un pays étranger vue de la France et les priorités que va mettre en place le gouvernement.

Capture d'écran du jeu Politic réalisé lors de la Mediajam

 

Jeux vidéo : un combat entre engagement virtuel et vrai combat

Cette initiative co-organisée par Mediapart et La Belle Games met en évidence un éternel débat : « Le jeu peut-il être sérieux ? ». En 1963, on pouvait lire dans l’ouvrage Vocabulaire de la Psychologie, les définitions suivantes concernant le jeu : « Activité autotélique s’opposant au travail, où la fin est extérieure à l’activité » (BALDWIN), « Activité inférieure, non adaptée au réel comme l’est le travail » (P.JANET). Ces pensées réductrices persistent et se retrouvent encore aujourd’hui dans les commentaires de lecteurs de Mediapart :

Comment élever sa conscience politique et citoyenne en faisant mumuse sur son PC…(Xénon, lecteur obsessionnel, athée, matérialiste et sceptique de Toulouse)

Ces commentaires montrent la dichotomie dans laquelle peuvent s’enfermer les citoyens : d’un côté, il y aurait l’engagement noble du citoyen et de l’autre, celui qui joue, donc celui qui n’apporte rien à l’engagement politique.

Chez BEJOUE, nous partageons la pensée du lecteur, Yves Hatchuel :

(…) le jeu est un instrument extraordinaire de développement des capacités. Simuler la politique avant de s’y immerger pourrait donc bien être un acte « citoyen ». Donc, merci aux développeurs.

L’ensemble des projets, encore au stade de prototypes, sont jouables sous le système d’exploitation Microsoft Windows, cinq d’entre eux le sont aussi sur Mac OS et deux sous Linux. « Canards Actuels » est par ailleurs directement jouable dans les navigateurs web.

Crédit photo : Mediapart

 

 

Isa
À propos de l'auteur

Dite le petit futé de BEJOUE, elle aime les histoires de jeux et de gens, les enquêtes de terrain au pied de son immeuble, et la moquette dans les pubs.