Sidabitball, Game Boy et stand de merguez

SIDABITBALL. C’est l’histoire d’un mec et d’une Game Boy. « Ce n’est pas un musicien, encore moins une personne » écrit son label « Da ! Heard it records« . Mais qui a répondu à nos questions alors ?

 

Sidabitball et Game Boy

Question dédoublement de personnalité. C’est qui Sidabitball pour Pierre Boquet ? Et pour Pierre Boquet, c’est qui Sidabitball ?

Pierre, c’est l’enfant qui a trop joué à la console, et qui est resté avec une cartouche coincée en travers. Sidabitball, c’est le nom du médicament qui permet de traiter précisément cette maladie.

Tu es connu pour avoir transformé dans les années 2000 la « Game Boy » de notre enfance en instrument musical, en machine à groove imparable. Comment est née cette idée ?

Je suis connu pour ça ? Vous êtes sûre ? Il y a erreur sur la personne. C’est Johan Kotlinski, aka “Role Model”, qui a révolutionné le monde de la musique “Game boy”, avec son logiciel LSDJ (distribué sur cartouche, début 2000). Moi je me suis contenté de l’utiliser, et j’ai commencé en 2003.

Il faut comprendre que la scène musicale “8-bit” ne se limite pas a la Game Boy. Il y a autant de scènes que de plateformes (Commodore 64, Atari, Amiga, Amstrad, etc). Je pense que tous les gamins qui ont trippé sur les bandes sons des jeux vidéos avait envie d’écouter les musiques avec le son à fond, et l’idée vient de là. J’ai rien inventé, juste mis des (petits) moyens dans un fantasme de gamin. C’est vraiment à la portée de tout le monde.

Comment ça fonctionne la musique 8-bit, contrairement à des systèmes comme Pro Tools en 24 bits ? Ça apporte quoi ?

Ça n’apporte rien du tout, et ça aurait plutôt tendance à enlever. Et tout l’intérêt se trouve là. Pour commencer, on se passe d’un ordinateur, ensuite on se passe d’une interface moderne (pas de clavier/souris/écran couleur). Le processus de l’écriture est simplifiée, peu de sons et peu de réglages, on va  droit a l’essentiel. Ça parait compliqué de faire aussi simple, mais ça ne l’est pas. On est très loin des concours de bits imposés par les logiciels et plateformes “modernes”. Pour vous donner une idée, un morceau écrit sur la Game Boy pèse en moyenne 4ko.

En 1979, ton année de naissance, les titres n°1 en France étaient : – Village People – YMCA, Bee Gees – Tragedy, Patrick Hernandez – Born to be alive, Village People – In the navy, Billy Joel – Honesty, Francis Cabrel – Je l’aime à mourir, Christophe – Aline, The Buggles – Video killed the Radio Star. Que choisirais-tu pour un remix ?

Video Killed the Radio Star ! Musicalement c’est le plus intéressant, et techniquement aussi, il y a pas mal de travail pour tout faire rentrer dans la Game Boy, et la chanson peut très bien se passer de la voix pour rester très chouette. Je commence tout de suite, merci pour l’idée.

Dans l’émission « Paris Dernière », référence de la culture underground dans les années 90/00’, on a pu te voir ambiancer avec ta Game Boy un petit groupe d’individus déguisés. Tu fais toujours ça 10 ans après ? C’est quoi ton meilleur live ?

J’ai arrêté de jouer “régulièrement”, et ça me manque un peu, mais je n’ai pas abandonné le projet. J’ai des morceaux que je n’ai jamais diffusé, et des idées que j’entasse dans ma tête depuis un bout de temps. Ça commence à ressortir. Le meilleur live ? Difficile de choisir. J’ai un très bon souvenir d’un live sauvage dans une rame de métro, le wagon était blindé, et faisait de petits bonds. Il me semble que les meilleurs moments étaient les plus inattendus.Les salles de concerts et les grosses organisations me font un peu peur.

Qu’est-ce qui t’inspire dans ces sonorités minimales électroniques ?

Le caractère minimal…C’est toujours un challenge de faire une musique qui fonctionne bien, avec tellement peu de ressources sonore (2 oscillateurs carrés, une piste wave avec une résolution de 4 bits, et un générateur de bruit blanc).

Malcom McLaren, manager dans les années 70 des New York Dolls, puis des Sex Pistols, ayant contribué à lancer la musique Punk, expliquait dans un article de 2003, sa vision de la Chiptune. Que penses-tu de ces différentes citations :

Oui, je me souviens bien, il était venu avec des journalistes, à la première soirée qu’on organisait avec le “paris_hq” (Paris headquarter of micromusic). On avait peur qu’il nous pique notre jouet (qu’il transforme la scène 8-bit naissante, en un produit, comme il l’avait fait avec le punk).

« It sounded like a video arcade gone mad ». Au fait, il y aurait quels jeux vidéo dans cette salle ?

Je pense que Malcom fait références aux classiques des 80’s : Ms PacMan, Galaga, Dig Dug, Frogger, Qbert. Ce genre de jeux. Je suis d’accord avec lui sur la description.

« They like being pop-culture pirates, and they have little use for the mass market ». Est-ce que tu te considères comme un pirate de la pop culture ?

Je ne me considère pas vraiment comme un pirate, mais là aussi je suis d’accord avec lui. Il me semble que c’est normal de recycler/remixer les cultures populaires. En fait, on le fait tout le temps plus ou moins consciemment. Dans mon cas, c’est très volontaire et même un peu forcé.

« They don’t necessarily aspire to have an audience beyond that of their own choosing, which means friends ». Est-ce que tu te vois faire un concert au Stade de France ?

Pas du tout. Ou alors sur un stand de merguez. Bon, je dois avouer que je serais quand même curieux de savoir comment ça sonnerait, je pense qu’on a jamais amplifié une Game Boy pour un stade, et je pense que ça pourrait être drôle, mais l’envie s’arrête là. Dès que la musique “8-bit” commence a se prendre au sérieux, elle perd toute sa saveur.

Plusieurs artistes de la Chiptune portent des masques ou des déguisements. C’est un code ?

Non je ne pense pas que ce soit un code. Et ça ne concerne pas la scène chiptune en particulier. Par contre c’est un moyen assez efficace pour vaincre la peur d’affronter un public.

C’est quoi ton actualité ?

Après une longue période d’inactivité musicale, je commence à reprendre du service. Par exemple, je travaille sur une nouvelle release pour DHR, un clip “Jelly Chip” (realisé par Maxime Parasite) qui devrait “sortir” ce mois-ci , et un projet de live avec des visuels en PETSCII.  Je fais quelques petits live à Hong Kong, dans des petits endroits.

BEJOUE vous présente en exclusivité « Jelly Chip », résultat d’une rencontre inattendue entre le réalisateur Maxparasite et le compositeur Sidabitball.

 

Découvrir ou re-découvrir la musique de Sidabitball.

Crédit photo : Da ! Heard It Records

 

Isa
À propos de l'auteur

Dite le petit futé de BEJOUE, elle aime les histoires de jeux et de gens, les enquêtes de terrain au pied de son immeuble, et la moquette dans les pubs.

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