Festival Yeah : « L’année dernière, au merchandising, on vendait des poils de couilles de Moustic ! »

Et si le Yeah Festival était définitivement la meilleure cour de récréation pour grands enfants ? Entre histoires de ballon, Air DJ, classes de 3ème, chasse aux trésors et histoire de poils pubiens, le festival créé par Nicolas Galina, Arthur Durignon et Laurent Garnier, cultive sa folie douce.

Rencontre avec Arthur autour de quelques questions sur le thème « Dans la cour de récréation du Yeah !« .

 

Vous vous êtes rencontrés comment, tous les trois (Nicolas, Laurent et toi) ?

« En fait, au début, il n’y avait que Nicolas qui avait un ballon et il jouait devant un mur tout seul. Et avec Laurent, on avait trop envie de jouer avec lui. Du coup, Laurent lui a dit : « Ecoute, je suis plus connu que toi ». Du coup, Laurent lui a piqué son ballon. Et je suis venu voir Laurent, j’ai réconcilié les deux et ils m’ont accepté dans l’équipe. Et c’est parti comme ça !

On peut jouer à quoi ?

On peut jouer à faire beaucoup de bruit. Parce que depuis les années 2000, j’ai l’impression qu’on a plus trop le droit de faire du bruit dans les cours de récréation. Sinon, on a le droit de crier. Chez nous, on a aussi le droit de boire de l’alcool… ce qui n’est pas possible dans une cour de récréation classique. C’est important à dire. On a le droit d’être heureux, de tous s’aimer. Et on le droit de beaucoup s’entraider. Parce que dans la cour de récréation du Yeah !, même les gens qui ont payé leur place, aident les organisateurs du Festival à nettoyer le château à la fin pour qu’il soit tout propre pour le lendemain. Et ça, j’avoue que ce n’était pas prévu dans la stratégie mais c’est un truc vraiment précieux.

Il y a toujours le concours de Air DJ?

Les années précédentes, les participants au concours de Air DJ n’avaient pas le choix, on leur imposait la musique. Ils se démerdaient comme ils pouvaient avec. Et là, cette année, on s’est dit qu’il y a quand même des gens un peu doués dans cette catégorie « errante » et du coup, on leur demande maintenant de nous envoyer des morceaux à l’avance. Donc il vont avoir le temps de s’entraîner chez euc et de potasser leur « Air potard« .

 

Concours de Air DJ au Yeah ! 2015

Ça consiste en quoi « C’estquiquiqu’àyeahyeah » ?

Déjà, ceux qui arrivent à le dire, on le droit de participer. Ce qui n’est pas évident. En regardant la population de Lourmarin, et en voulant faire participer tout le monde et être un festival assez familial, on s’est rendu compte que le public était généralement des gens entre 30 et 50 ans. Du coup, il y a des enfants en bas âge, et ça nous a paru assez évident de faire participer aussi les petits. On a donc lancé le « C’estquiquiqu’àyeahyeah« , en se disant qu’on allait leur faire faire une chasse aux trésors autour des activités gratuites qu’il y a dans le village et essayer de les sensibiliser, sans trop de prise de tête, au festival. Ils passent de stand en stand, de l’expo aux jeux d’arcade à la pétanque, et à chaque fois, ils ont une question à poser aux DJs ou à la personne qui tient les stands. On se dit que c’est le meilleur moyen de les intéresser un peu de manière ludique et sympa, sans trop leur prendre le chou avec des concepts et leur dire que c’est important qu’ils se cultivent. Là, ils le font sympathiquement, ça les fait marrer et à la fin, ça finit en grosse boum à l’école de Lourmarin, là où ils sont harcelés toute l’année. Ils ont le droit de bouffer tous les bonbons qu’ils veulent, de se rouler par terre et de hurler.

Au fait, c’est quoi votre jeu préféré ?

C’est un nouveau jeu qu’on a depuis l’année dernière. On l’a trouvé très sympa, du coup, on le refait. On a un panneau avec des trous pour mettre les têtes comme dans tout parc d’attraction, et généralement on prend des tréteaux et nous, on se prend des grandes éponges dans la gueule. L’idée, c’est de dire aux villageois qui sont peut-être mécontents parce qu’on fait trop de bruit et qu’on leur pourrit leur week-end. En gros, tous les gens qui ont un truc à dire sur nous, on leur a ouvert l’espace de 14h à 14h30 pour nous lancer des gros trucs dans la gueule en nous disant : »Vous êtes vraiment des gros cons car j’arrive pas à dormir le week-end ». Donc, ça c’est un bon défouloir pour les gens et nous, on concentre les critiques sur une demi heure. Ce qui est pas mal non plus. Par contre, on accepte aucune remarque en dehors de ce moment. (C’est le samedi).

On est combien d’enfants ?

Dans cette grande cour de récréation, nous sommes 900 au château. Voilà, ça représente plus ou moins une cour de primaires, non, peut-être collège, avec, je crois, cinq classes de 6ème, trois classes ou cinq classes de 5ème, et six classes de 3ème. Euh, parce qu’en fait, il y a un collège à côté avec une autre section 3ème. Et on les récupère à chaque fois.

Du son, des concerts, sans plein de jeux, c’est possible ?

A mon avis, ça coincerait. On aime bien défendre ce qu’on écoute comme tout festival. Mais on aime bien aussi l’idée de se dire qu’on est pas obligés de se prendre la tête complètement et qu’on peut écouter des trucs qui ne sont pas initialement festifs tout en se marrant et en ayant un peu de dérision. A chaque fois, l’affiche est un peu enfantine. On a pas envie de communiquer sur le fait qu’on est super bien organisés… peut-être parce qu’on ne l’est pas !

Vous êtes toujours des grands enfants ?

Ce qui nous amuse le plus, c’est de trouver le truc le plus con du monde quitte à passer pour des gros demeurés. Par exemple, l’année dernière, au merchandising, on vendait des poils de couilles de Moustic. Ça n’a pas du tout marché. Nous, on trouvait ça trop bien. Les gens trouvaient ça super dégueulasse. Tant pis.

Et ils étaient emballés les poils de couilles de Moustic ?

Oui bien sûr, c’était pas en vrac. Il y a une petite poche avec une photo derrière. Et en plus, c’était les vrais poils de Moustic. On n’a pas trompé les gens sur la marchandise. Mais ça ne l’a pas fait. Il y avait aussi une crotte du groupe ABBA qu’on avait réussi à récupérer. Ça n’intéressait pas les gens. Par contre, nous, ça nous a demandé de l’organisation pour au moins trois mois.

Moustic au Yeah Festival 2015.

 

Laurent Garnier, c’est plutôt le prof ou un enfant comme un autre ?

Laurent Garnier, c’est un peu les deux. Il a un côté un peu gamin car sa vie, ça a toujours été de jouer. Il y a plein de trucs, comme les tableaux excel, qui l’intéressent à moitié. Mais par contre, ça reste le papa car quand il faut dire non, c’est le premier à ne pas passer par quatre chemins. Il oscille entre les deux.

C’est qui le caïd de la programmation musicale cette année ?

Le caïd, peut-être que c’est moi. Car j’aime dire « Oh les gars, c’est un peu plan-plan notre affaire. Vous voulez pas un truc où les gens vont rien comprendre et nous détester ». Généralement, je suis le mauvais élève là-dedans à ramener des trucs comme La Colonie de Vacances et des trucs un peu plus bourrins.

On se fait des copains facilement ?

On se fait des supers copains. C’est marrant, généralement les gens viennent en bande, louent une maison et passent le week-end. Au départ, ils sont cinq ou six et à la fin tout le monde se connait, parce qu’ils se font soit des afters chez les uns, chez les autres, soit ils se retrouvent au bistrot. On se fait pas mal de potes. On peut venir tout seul au Yeah et repartir avec 50 potes. »

Festival Yeah ! à Lourmarin, 3-4-5 juin 2016

Crédit photo : Cauboyz

Isa
À propos de l'auteur

Dite le petit futé de BEJOUE, elle aime les histoires de jeux et de gens, les enquêtes de terrain au pied de son immeuble, et la moquette dans les pubs.